République Démocratique du Congo

Luttes

Kivus, 20 ans de guerre

Depuis bientôt quinze ans, au lendemain de la victoire du FPR de Paul Kagamé qui mettait fin au génocide rwandais, les Kivus, adossés aux collines du Burundi et du Rwanda, ne connaissent pas de répit, malgré la présence de 17 000 casques bleus.

Au cours de l’année 2008, les affrontements entre l’armée régulière congolaise (FARDC) et les troupes du général dissident Laurent Nkunda ont occasionné, selon la Coordination des Affaires Humanitaires (OCHA), le déplacement de plus de 850 000 congolais. Laurent Nkunda, arreté sur le sol rwandais après une offensive conjointe entre les troupes gouvernementales des deux pays, n’est toujours pas remis aux autorités congolaises. Il est accusé de crimes de guerre et insurrection après son coup de force en juin 2004 qui lui avait permis de tenir Bukavu durant quelques semaines.

«Nos enfants sont tués ! Les mamans violées ! Nous sommes fatigués ! » Le Nord-Kivu revient dans l’actualité, avec cette impression qu’il n’en est jamais sorti. Comme une plaie qui ne cicatrise pas. Depuis bientôt quinze ans, au lendemain de la victoire du FPR de Paul Kagamé qui mettait fin au génocide rwandais, les Kivus (Nord et Sud), adossés aux collines du Burundi et du Rwanda, ne connaissent pas de répit, malgré la présence de 17 000 casques bleus. L’Afrique des Grands Lacs redoute l’escalade, avec le spectre de la guerre de 1996, qui avait impliqué au moins 6 nations africaines.

Le 26 octobre dernier, les forces du Congrès national pour la Défense du Peuple (CNDP) du général « dissident » Laurent Nkunda prennent, pour la seconde fois en trois semaines, le contrôle de Rumangabo, un important camp militaire des Forces Armées Congolaises (FARDC) situé à une cinquantaine de kilomètres au nord de la capitale provinciale, Goma. Deux blindés de la Mission de maintien de la paix onusienne (MONUC) sont détruits. Plusieurs casques bleus sont blessés. Cette attaque enterre le dernier processus de paix initié il y a dix mois, sous supervision de l’ONU. Le programme Amani (« Paix » en swahili) avait réuni les principaux groupes armés actifs dans les kivus, à l’exception des Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda (FDLR). Tous s’étaient engagés à « un cessez-le-feu immédiat, puis un désengagement progressif des troupes sur le terrain avant leur démobilisation », tout en garantissant « un recul des positions militaires respectives pour permettre aux forces conjointes MONUC/FARDC de maintenir des zones tampons ».

 

Le gouvernement de Kinshasa oubliait alors le mandat d’arrêt qu’il a lui-même émis, trois ans plus tôt, contre Laurent Nkunda pour « crimes de guerre, crime contre l’humanité, et insurrection ». Un mois plus tard, les incidents et les accrochages se multipliaient déjà. Cette fois, ça ne prend pas la forme d’un « accrochage ». Les troupes du CNDP avancent. Les hélicoptères de combat de la mission onusienne ne suffisent pas. Le gros bourg de Kibumba tombe. Les rebelles sont à 35 kilomètres de Goma. En moins de trois jours, les troupes rebelles mettent en déroute toutes les forces de l’armée régulière, prennent sur le front nord le contrôle de Rusthuru, chef lieu de territoire du même nom, et se positionnent à Kibati, sur le front sud, aux portes de Goma. Leur avancée est précédée des colonnes de soldats de l’armée nationale qui quittent le front, et des flux de population qui viennent chercher refuge dans la cité, fuyant les combats ou les exactions qu’elles pourraient subir. La périphérie de la ville abritant les principaux camps de déplacés est depuis longtemps « saturée ». Depuis décembre 2006, les accrochages ont drainé plus de 800 000 déplacés.

 

Le 29 octobre, c’est l’affolement. Affolement militaire, affolement humanitaire, affolement diplomatique. Jamais Laurent Nkunda n’a tenu des positions à moins de quinze kilomètres de la ville. Constatant que les forces gouvernementales se préparent à abandonner leurs positions, y compris à Goma, quelques milliers d’habitants de la cité, « probablement manipulés » laisse entendre le porte parole de la MONUC sur place, manifestent leur colère devant les quartiers de la MONUC. La colère dégénère. La violence pointe. Les casques bleus tirent dans la foule. Un manifestant est tué. Le nouveau commandant des forces de la MONUC, le général espagnol Vicente Diaz de Villegas qui a pris ses fonctions sept semaines plus tôt, démissionne. « Pour des raisons personnelles » indique le communiqué officiel de l’organisation. Parce qu’il a pu se « sentir bridé en termes de moyens et de règles d'engagement » ou avoir « donné des ordres qui n'ont pas été exécutés par certains contingents, sous pression de leurs autorités nationales », commentent des sources onusiennes au journal la Croix sous couvert de l’anonymat. Depuis des mois, les différents contingents onusiens déployés au nord-kivu quittent les réunions stratégiques internes en claquant la porte. Stratégie, leadership, confusion dans la chaine de commandement, manque de motivation des troupes, querelles personnelles lorsqu’un contingent pakistanais refuse de se placer sous un commandement indien... « la MONUC a atteint ses limites » déclare le représentant spécial de l’ONU en RDC, Alan Doss. Il demande au conseil de sécurité un renfort de troupes. Refusé. Manque de moyens répond le Conseil de Sécurité qui se contente de « condamner fermement l’avance des rebelles ». La MONUC ne compte qu’un bataillon de 800 hommes à l’intérieur de la capitale provinciale. La mission tente d’éviter la débâcle et rassure qu’elle « fera son possible pour sécuriser les habitants et défendre Goma », tandis que Laurent Nkunda accentue sa pression en répondant que « la MONUC ne l’empêchera pas de prendre la ville ». Le commandant de la 8ème région militaire (FARDC), le général Vainqueur Mayala, sort de son mutisme et déclare sur Radio Okapi que « la ville de Goma est toujours contrôlée par les FARDC avec l’appui de la MONUC. Ce sont des rumeurs qui font qu’aujourd’hui et à cette heure, toute la population est en train de vider la ville de Goma». Ca ne suffit pas.

 

Le lendemain, Goma ressemble à une ville morte. Et les derniers éléments des troupes gouvernementales (FARDC) encore présents se livrent à des pillages. Laurent Nkunda ne devait pas en espé- rer autant. Goma est à sa portée même si ses 5 000 hommes sont dispersés sur plusieurs fronts, et la MONUC ne se risquerait pas à un engagement à l’arme lourde si près des camps de déplacés. Il choisit pourtant de désamorcer et proclame un cessez-le-feu unilatéral, pour «ne pas provoquer un mouvement de panique dans la population» et parce que « le CNDP combat le pouvoir mais défend le peuple ». Le général « dissident » cherche une légitimité politique, en retournant une opinion publique qui constate une nouvelle fois l’impuissance du pouvoir, les limites d’une mission des Nations Unies qui réfléchit sur son propre sort, et le manque de discipline et l’incompétence d’une armée gouvernementale en pleine construction. Il pousse la provocation jusqu’à demander à l’ONU « de restaurer la sécurité dans la ville » -où il se verra contraint de s’en charger- et « réclame des négociations directes avec le pouvoir de Kinshasa », menaçant de « le chasser » en cas de refus. « Pas question de négocier » répond le porte-parole du gouvernement, Lambert Mende, ajoutant que le gouvernement estime que « le fait de créer un désastre humanitaire ne donne pas de droits spéciaux. Toute négociation se fera dans le cadre déjà existant ». A savoir le processus Amani et la Conférence de Nairobi de novembre 2007 qui précise le calendrier de rapatriement des FDLR vers le Rwanda. Le 31 octobre, le conflit semble dans l’impasse.

BALLET DIPLOMATIQUE

Le ballet diplomatique commence. En tête Louis Michel, Commissaire Européen de l’aide au Développement, habitué des crises en RDC, suivi des Ministres des Affaires Etrangères français et britannique, Bernard Kouchner et David Miliband, qui se disent dans un premier temps « prêts à l’envoi de troupes européennes pour renforcer la MONUC », avant de se raviser. A Goma, « la situation humanitaire est catastrophique », constatent-ils. Les premiers cas de choléra font leur apparition. L’incertitude des fronts militaires limite le rayon d’action des humanitaires, et les stocks s’épuisent. Le 03 novembre, le CNDP se dit prêt à ouvrir des couloirs humanitaires.

 

Sur place, des observateurs constatent que les troupes rebelles empêchent les derniers civils de fuir vers Goma, et poussent les autres à quitter les camps de déplacés et à se disperser. La sécurisation des populations civiles devient alors encore plus difficile pour la MONUC et d’éventuelles troupes internationales venues en renfort. Leçons de guerre : au Rwanda, au début des années 90, l’envoi de forces internationales avait été motivé sous un mandat de « protection des populations civiles ». S’il est difficile d’assurer cette protection dans des conditions et des moyens raisonnables parce que la population est dispersée, une telle mission peut être compromise. Le nouveau secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix, Alain Le Roy, vient épauler la MONUC. A la presse, il précise « qu’au Kosovo, l'OTAN avait déployé 40.000 soldats disposant des meilleurs équipements dans le monde, pour un territoire 200 fois plus petit que la RDC ! ». L’ancien président nigérian, O.Obasanjo, devient émissaire spécial des Nations Unies pour tenter de résoudre la crise.

 

Alors que Kinshasa accuse le régime de Paul Kagamé de soutenir la rébellion, Kigali, qui s’était contenté jusque-là de rappeler que « L'hypothèse dominante affirmant que la crise est un problème entre le Rwanda et la RDC est fausse, contrairement à ce qu'une partie de la communauté internationale continue de dire », accepte de participer à un sommet avec son homologue congolais. Les deux hommes se rencontrent à Nairobi le 07 novembre, sous l’égide du secrétaire général de l’ONU Ban ki Moon. Laurent Nkunda n’est pas convié et, de son fief, déclare à l’agence Reuters « qu’il ne s'agit que d'un sommet régional. Cette réunion n'aura aucune influence, à moins que cela incite Kabila à revenir négocier". Sur le terrain, Laurent Nkunda ne menace plus directement la ville de Goma mais ne desserre pas l’étau. A Kiwanja, 80 kilomètres au nord de la capitale, les Nations Unies retrouvent les premières traces d’exécutions de civils : « des combattants » selon le CNDP, « des crimes de guerre - attribués au CNDP et aux milices mai-Mai -que nous ne pouvons tolérer» selon la MONUC. Les combats continuent, plus au Sud, à Ngungu, point stratégique entre le Nord et le Sud-Kivu, tandis que des observateurs rapportent la présence de soldats angolais aux côtés de l’armée régulière. Le scénario de la guerre de 1996 se répète. L’Afrique des Grands-Lacs craint l’escalade.

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UNE SITUATION HUMANITAIRE CATASTROPHIQUE

Ce nouvel épisode de la guerre au Nord-Kivu est le point d’orgue d’un conflit débuté en 2006. Un conflit de basse intensité, du point de vue militaire, avec des accrochages sporadiques et engageant des armes « conventionnelles ». Mais du point de vue humanitaire, le conflit est une catastrophe. Selon la Coordination des Affaires Humanitaires (OCHA), les combats qui ont commencé fin août ont jeté environ 250 000 personnes sur les routes vers Goma, s’ajoutant aux 800 000 déjà présents à la périphérie. Mais cela reste « une estimation ». Il est en effet difficile de faire des recensements fiables dans des camps, encore plus difficile lorsque des vagues entières affluent et que des populations se déplacent de site en site à la recherche de membres de famille, voire impossible lorsque les populations se réfugient dans la brousse ou dans des familles d’accueil. Enfin, des hommes et des femmes préfèrent quitter rapidement les camps de déplacés dès que la situation sécuritaire s’améliore, pour éviter les dangers de la surpopulation et tenter de veiller sur le reste de leurs biens abandonnés. Si le nombre de victimes civiles directes reste flou, la Coordination des Affaires Humanitaires rapporte que 3500 viols auraient été commis sur des femmes depuis janvier et que le chiffre pourrait doubler avec ces nouveaux combats –ignorant le nombre de celles qui taisent leur douleur par honte, par manque de structures d’accueil et d’écoute, ou de peur d’être répudiées.

COLTAN, DIAMANTS, CUIVRE, COBALT ET OR

02 novembre. Dimanche de messe. Dans son fief de Kichanga, le pasteur Laurent Nkunda explique aux journalistes internationaux « qu’il se bat pour protéger la communauté tutsie congolaise » contre les Forces Démocratiques de Libération du Rwanda (FDLR) et accuse le pouvoir de Kinshasa de « connivences » avec le mouvement : «Kinshasa envoie des FDLR et des mai mai pour nous combattre». De l’autre côté de la frontière, Kigali demande également au gouvernement congolais de « régler le problème FDLR » qui menace l’intégrité et la sécurité du sol rwandais. Des revendications qui n’ont aucun lien selon Nkunda, qui dément recevoir un soutien de Kigali. Composées d’anciennes milices interahamwes, d’ex-FAR (Forces Armées Rwandaises de l’ancien régime de Habyarimana), et de civils recrutés parmi les réfugiés hutus qui avaient fui l’avancée des troupes de Kagamé en 1994, les FDLR avaient appuyé Laurent Désiré Kabila dès 1998 dans sa reconquête du pays contre les forces de Kigali et de Kampala. Les troupes du FPR n’avaient pas réussi à désarmer le mouvement dans toutes ces années de guerre. En 2002, lors des accords de Sun City, et plus récemment lors de la conférence de Nairobi en septembre 2007, le gouvernement de Kinshasa s’était engagé à faciliter leur désarmement et leur rapatriement, sans reconnaitre de possibles alliances. Mais les opérations traînent. D’abord parce que les rapatriements sont sur la base du volontariat, impliquant un suivi des organismes internationaux, et parce que les FDLR réclament des garanties pour leur sécurité (notamment face à la justice rwandaise) et la reconnaissance d’un espace politique pour leur mouvement au sein du gouvernement de Kigali. Un véritable cul-de-sac...Ensuite parce que les FDLR constituent sans nul doute une force militaire fiable pour Kinshasa qui ne peut pas s’appuyer sur son armée. En échange, le gouvernement ferme les yeux sur les zones minières qu’ils se sont appropriés. Une « dette de guerre » datant de 1998.

 

L’enjeu est aussi –voire exclusivement- celui-là. L’exploitation de la cassitérite, du coltan, ou de l’or. Dès 2001, les rapports des experts des nations Unies mettent en évidence que les origines du conflit ont principalement pour objet « l'accès, le contrôle et le commerce des cinq principales ressources minières: coltan, diamants, cuivre, cobalt et or ». Et que « l'exploitation systématique des ressources naturelles par des armées étrangères a créé une situation dans laquelle tous les belligérants sont gagnants ». Y compris les officiers de l’armée régulière qui n’hésitent pas à exploiter les populations congolaises qu’ils sont censés protéger. En juillet 2006, l’ONG internationale Global Witness confirme que « le pillage des ressources naturelles du pays par l’État et les individus puissants dont il se compose, ainsi que par des groupes rebelles, continue » et que « ce pillage s’était intensifié au fur et à mesure qu’approchait la fin du mandat du gouvernement de transition. » Une théorie du chaos. Un chaos qui a construit sa géométrie et qui a besoin d’être entretenu.

TEMOIGNAGE

UN MOMENT PROPICE

Le nouveau coup de force de Laurent Nkunda ne se classe pas dans le hasard du calendrier. Au plan international, coïncidence ou non, cette nouvelle étape se glisse dans la fenêtre des élections américaines. Comme son premier coup de force à Bukavu en 2004. Au plan national, la crise intervient alors que le mandat de la MONUC doit être soumis à examen avant son renouvellement en fin d’année, et que le président Joseph Kabila doit faire face à une véritable crise de confiance. Le gouvernement emmené par Antoine Gizenga a démissioné et son remplaçant Adolphe Muzito n’a pas encore constitué son gouvernement. Il le fera en plein coeur de la crise. Deux ans après les élections présidentielles –les premières depuis 40 ans- le président est critiqué pour son absence dans les rendezvous internationaux, et voit sa cote de popularité dégringoler, y compris dans les provinces de l’est du pays qui lui avaient pourtant été complètement acquises lors du scrutin de 2006. Elu sous le slogan « l’artisan de la paix » , il se montre incapable de trouver solution à la crise, et sa formule choc lors de son discours d’investiture « la récréation est terminée» est désormais une blague dans les rues de la capitale. Antoine Gizenga, premier Ministre, a remis sa démission après deux ans d’action politique très critiquées : grèves généralisées de fonctionnaires ; scandales de corruption dans les grandes entreprises d’Etat ; scandales de corruption dans les contrats miniers passés avec des entreprises étrangères ; controverses sur les prêts contractés avec le nouveau partenaire chinois, provoquant le mécontentement des grandes institutions et bailleurs internationaux ; scandales fonciers et arnaques administratives qui dépossèdent les congolais de leur propriété ; une réforme de l’armée coûteuse mais qui ne démontre ni son efficacité, ni sa loyauté ; des actions militaires « de sécurité intérieure » jugées démesurées dans le Bas-Congo (contre le mouvement religieux Bundu Dia kongo) et en plein centre de Kinshasa, en mars 2007, contre la garde rapprochée de son adversaire à l’élection présidentielle, Jean Pierre Bemba ; une inflation galopante, une économie informelle de survie qui se généralise, et les « 5 chantiers » prioritaires du programme présidentiel qui peinent à décoller. Le souffle des promesses et de l’espoir électoral est retombé, le pays continue de sombrer dans une catalepsie.

 

De son côté, la MONUC, la Mission des Nations Unies au Congo, peine à démontrer son efficacité et doit répondre à des critiques de plus en plus vives. Déployée à partir de 2000, elle est devenue la plus grande mission de maintien de la paix dans le monde, avec un budget avoisinant 300 millions de dollars par mois, et un effectif militaire de 17 000 casques bleus, dont 6000 au Nord-Kivu. Son mandat est prioritairement la protection des civils, mais elle est placée sous chapitre VII autorisant le recours à la force et à la riposte militaire. Sans détours, l’opinion publique ironise et vous retourne la question : « Qu’est ce que la MONUC fait ? » en poussant l’amalgame à toutes les agences onusiennes et les bailleurs de fonds. « Regardez par vous-mêmes. Allez demander dans la rue ! » Dans les Kivus, les populations sont ballottées de villages en villages, puis d’un camp de déplacés vers un autre. Un flux et reflux commandé par les poussées des groupes armés qui s’affrontent pour le contrôle de ressources minières et, en fonction des saisons, pour les récoltes agricoles qui les nourriront. Malgré un projet de brassage et d’intégration coûteux, les milices n’ont pas toutes baissé les armes. Parmi les soldats qui avaient opté pour une intégration dans l’armée nationale ou dans la vie civile, nombreux sont ceux qui rejoignent leur ancien groupe : difficultés de réintégration sociale et économique dans la vie civile, manque d’accompagnement, manque d’attaches familiales après des années de guerre, la vie militaire et le pouvoir d’une arme leur semblent souvent plus faciles. Considéré comme une priorité absolue pour la stabilité de la sous-région dès les accords de Sun City en 2002, le rapatriement des combattants FDLR –Forces Démocratiques de Libération pour le Rwanda- se fait au compte-goutte. Point mort. En Ituri, malgré un apaisement ces deux dernières années, les tensions ressurgissent. Un nouveau groupe armé se crée, le Front Populaire pour la Justice au Congo, réunissant des éléments d’anciennes milices qui ont secoué la région et commis les pires violations des droits humains entre 2000 et 2004. Trois anciens chefs miliciens -Thomas Lubanga, Germain Katanga et Mathieu Ngudjolo- sont pourtant aujourd’hui en détention dans la prison de la Cour pénale Internationale à la Haye. Leurs procès n’ont pas débuté. A Kinshasa, loin de la guerre mais près du business, on rit de la « bonne gouvernance » affichée dans les discours et on montre du doigt les 4*4 chromés et les maisons « dubai » -en référence au style architectural- des dirigeants et des hommes d’affaire accolés au pouvoir. L’opinion n’est pas tendre. Ce qu’elle veut retenir de la MONUC, ce sont les affaires d’exploitation sexuelle impliquant des casques bleus ; le récent scandale d’un contingent indien qui échange avec les FDLR –pourtant cités dans les rapports de la MONUC et de Human Rights Watch comme groupe resonsable de nombreuses exactions sur les civils- des rations militaires contre de l’or ; et plus banalement le train de vie des fonctionnaires internationaux, leur manque de proximité et de « dialogue » avec les populations, et leurs « descentes » dans les discothèques et les bars à filles.

TEMOIGNAGE

TEMOIGNAGE

La communication officielle de la MONUC ne suffit plus. Elle a beau rappeler que ses moyens restent limités comparé à la taille gigantesque du pays ; que son action se borne aux limites de son mandat ; que le gouvernement de Joseph Kabila est élu et souverain ; que la paix et le développement passent d’abord par une volonté et une prise en mains des congolais, l’écart de confiance s’est creusé et le personnel civil et militaire de la mission est régulièrement pris pour cible. Il n’en faut pas davantage pour que la théorie du complot refasse surface et alimente les discussions autour d’une bière. Ces échecs successifs seraient une suite « programmée » pour parvenir à un démantèlement de la Nation. Les guerres seraient alimentées par les gouvernements anglo-saxons, américains et Sud-Africains, avec des entreprises multinationales comme têtes de pont. L’objectif final, avec le concours des Etats rwandais et ougandais, serait de s’approprier les nombreuses richesses du sous-sol de la RDC et de créer un « tutsiland ». Tous les Congolais vivent dans ce spectre. Qu’ils y adhèrent ou non.